#Système d'information, dans mon école : qui est le maître ?#

Je m'excuse par avance de certains propos choquants qui peuvent éventuellement
froisser des pédagogues utilisant des technologies récentes de communication.

Cependant, je crois que nous devons faire quelque chose, sans trop
attendre. Aujourd'hui, nous laissons les technologies informatiques contrôler
« le système nerveux de notre société », comme je l'entendais dire en
1998 par Bernard LANG, chercheur à l'INRIA, durant un exposé à Dunkerque.

Sa métaphore est très intéressante : ainsi, le développeur d'un logiciel,
ou plus exactement, la communauté de développeurs d'une compagnie ou d'une
organisation qui produit du logiciel, est comparée à un *neurochirurgien*.

Moi, si je devais confier mon système à un neurochirurgien, je crois que
j'aimerais avoir un entretien avec avant de me laisser opérer, histoire
de savoir si elle ou il a un peu d'éthique. Mais bien sûr, 
*ça ne m'arrivera jamais*. Cependant, là où j'enseigne, le 
« système nerveux » de mon établissement est de plus en plus contrôlé
par des logiciels ; il suffit d'un mauvais fonctionnement du réseau
pour que tout le monde s'en aperçoive.

##Les ordinateurs dans nos enseignements : une place déraisonnable, déjà##

J'ai quelque responsabilité, dans le lycée Jean Bart où j'enseigne à
Dunkerque, pour ce qui est du fonctionnement de l'informatique pédagogique.
Cette responsabilité va un peu en diminuant, car je souhaite la transférer
au mieux à mes collègues.

Il n'empêche, au jour le jour, j'ai des conversations quelquefois
amusantes, quelquefois effrayantes, avec mes collègues. Le thème est souvent,
« le machin ne fonctionne toujours pas », « toute ma préparation était
fichue, l'ordinateur a mis des plombes à démarrer » ...

Je vous rassure : pour ce que j'en sais, le lycée Jean Bart n'est pas
réputé comme un trou noir de l'informatique pédagogique, les enseignants ont
dans l'ensemble intégré les nombreux outils disponibles à leurs pratiques,
et le tableau de réservation des salles informatiques spécialisées
montre que les élèves utilisent régulièrement et à bon escient les équipements
que la Région a financés.

Prenons maintenant un peu de recul : mettons que j'aie une pratique
régulière de quelque chose, que cela me convienne au jour le jour : ça
s'appelle une habitude, voire une routine. Mettons que j'en parle à mes
collègues souvent : ça veut dire que cette pratique a une dimension sociale
intéressante, peut-être même une valeur pédagogique. Mettons alors, que
lorsque j'en parle le plus à mes collègues, c'est pour râler, contre
tous les obstacles qui se mettent en travers de ma pratique ... Je
me mets à craindre le manque ... est-ce que ça ne signe pas une forme
d'addiction ?

##Quand utiliser les technologies récentes ?##

À l'école, c'est officiel, on apprend à lire, écrire, compter.
Dans les faits, je constate que l'on y apprend aussi à parler, ou du
moins à varier sa façon de parler, et à se comporter. On peut aussi apprendre
de l'histoire, des sciences, de la musique, etc.

La preuve est faite qu'avec du papier et des crayons, on sait arriver
à tout cela. Où est publiée l'étude qui prouvera définitivement que
les technologies récentes permettent de faire mieux ? Je sais, c'est
un peu provocateur. Mais j'ai beau chercher, je ne trouve rien qui
satisfasse à mes exigences scientifiques. Personne ne pratique, en la
matière, d'étude en double aveugle, contre placebo.

Donc, au rebours de toute étude que j'aie pu trouver ici et là, je
me contenterai d'énumérer quelques stupidités, qui ont le mérite d'être
robustes :

  * ça me revient moins cher (et au service public aussi), de présenter
    à mes élèves des documents en couleur en utilisant un vidéo-projecteur,
	qu'en achetant des illustrations imprimées par un éditeur ; on peut en
	dire autant d'enregistrement sonores ou vidéo distribués sous
	licences libres ;
  * certains concepts que j'enseigne, sont très faciles à expliquer
    quand on peut montrer une courte animation. Dernier exemple,
	aujourd'hui-même, la fission nucléaire : un gros atome se sépare en 
	fragments plus petits ...
  * bien utilisé, un ordinateur sait répéter une même question, en
    variant la forme, et analyser une réponse de l'élève, jusqu'à
	satisfaction. La machine ne se fâche pas ;
  * je connais de moins en moins d'élèves qui utiliseront spontanément
    une encyclopédie imprimée, quand on leur propose un accès à
	Wikipedia, en concurrence. Moi-même, quand j'ai tenté de préparer un
	exemple de cours sur le "TEP scan", j'ai trouvé sur Encyclopedia
	Universalis que l'article brillantissime de Jean-Gaël BARBARA, avec
	une dizaine de lignes très denses sur cette technique, et quelques
	informations presque exactes ; avec un peu de pratique, Wikipedia me
	fournit des informations beaucoup plus détaillées, issues d'auteurs
	plus nombreux, et une information plus pointue, rédigée de façon
	plus digeste pour mes élèves.

Alors, quand utiliser les technologies récentes ? Eh bien, comme il
n'est pas prouvé qu'elles sont plus bénéfiques que le crayon-papier,
uniquement dans les cas où elles dépassent de loin ce que peut écrire
un crayon. Autrement dit, un peu, ici et là.

##Les ordinateurs sont addictifs, alors, qui est mon maître ?##

Je pratique les systèmes basés sur Linux, ou plutôt GnuLinux, depuis
une vingtaine d'années maintenant. J'y trouve tous les outils pour
travailler, et bien plus.

J'ai été surpris souvent, par les réactions de mes collègues, quand j'ai
configuré des ordinateurs pour fonctionner avec GnuLinux. Alors que je
les vois passer avec brio d'un système Android à un système Windows, ils
m'expriment, en majorité, de la réticence face aux machines qui ont
utilisé GnuLinux. Dans le même temps, je fais utiliser ce même système à
mes élèves, depuis une quinzaine d'années. Au début, ils trouvaient
que le Windows était un peu bizarre, durant le premier quart d'heure ;
en 2018, de plus en plus, certains reconnaissent une variété de GnuLinux,
et sont contents de l'utiliser.

Mais au fait, pourquoi mes collègues en majorité rejettent-ils ce que
mes élèves acceptent plus facilement ? Je dois être naïf, en ignorant
la relation hiérarchique qu'il y a entre un prof et ses étudiants ?

Ou alors, est-ce que c'est comme je le suggérais auparavant, une
addiction ? Il y a quelques indices, certains même 
assez convaincants : alors que sur la majorité des ordinateurs du
lycée Jean Bart, LibreOffice est installé pour toute bureautique, afin de
ne pas forcer les achats des familles, et de respecter un standard ISO,
mes collègues sont attentifs à ce que la suite Microsoft Office soit
installée dans la salle des professeurs. Il est vrai que la société
Microsoft n'a jamais publié de suite bureautique fonctionnant pour
GnuLinux.

En fait, on parle rarement d'addiction quand il n'y a pas beaucoup
d'effet secondaire (connaissez-vous beaucoup de personnes suivies
médicalement pour se désintoxiquer du chocolat ?). Parlons des effets
secondaires : « le machin ne fonctionne toujours pas », « toute ma 
préparation était fichue, l'ordinateur a mis des plombes à démarrer » ...

Vous avez compris : je suis un fieffé tricheur ! 
J'écris, je dis que nous sommes drogués aux technologies
récentes, et il ne vous a pas échappé que je suis justement en train
d'utiliser un ordinateur devant vous. Alors, comme je suis moi-même
*addict*, qui est mon maître ? 
*(et quelle est sa capitalisation, selon boursorama.com)*

  * si j'utilise GnuLinux, je l'ignore : personne ne gouverne directement
    ce système, c'est un *bien commun*, qui émane du travail
	cumulé de milliers de développeurs, régi par les exigences
	draconiennes de la licence libre GNU GPL (un copyleft, ou un
	copyright habilement retourné) ;
  * si j'utilise Windows 10, mon maître est Microsoft (capitalisation
    valorisée à 755 milliards de dollars -- vendredi 19 janvier 2018, 19:30)
  * si j'utilise un Mac, mon maître est Apple (capitalisation
    valorisée à 167 milliards de dollars -- vendredi 19 janvier 2018, 19:32)
  * si j'utilise un Android, ...

#Pourquoi GnuLinux est exceptionnel ?#

À partir de maintenant, j'avoue ma partialité : je parlerai surtout
de GnuLinux, et de logiciels libres. Comme je fais partie de la
communauté Debian, en tant que développeur (je maintiens quelques
soixante paquets), je parlerai à travers ce prisme. Donc vous êtes
censés considérer que mes dires sont fortement biaisés par cette
appartenance.

##L'utilisateur d'une distribution GnuLinux a un système cohérent##

Quand je m'entretiens avec des collègues, quand ils me demandent un
coup de main pour un ordinateur qui déraille, je constate le plus
souvent qu'ils utilisent un système peu cohérent. Ils y ont installé des
dizaines d'applications issues de fournisseurs différents, qui viennent
chacune avec un ensemble de bibliothèques logicielles, dont chacun
« réinvente des roues », à sa façon, en toute redondance. Qui a envie de
faire une sauvegarde régulière de son ordinateur, quand la copie de
tout son disque peut durer plusieurs heures ?

Tout problème a sa solution, paraît-il : la solution aux logiciels obèses,
ce sont les grands disques rapides. En 2018, les vendeurs d'ordinateurs
recommandent d'acheter des espaces disques de 500 giga-octets, au moins.

En ce moment même, je fais cette communication, avec un ordinateur prêté,
dont je n'utilise pas le disque dur. Je suis venu avec ma clé
USB de 16 giga-octets, je l'ai branchée, et j'ai persuadé l'ordinateur
de démarrer avec cette clé GNULinux, plutôt qu'avec le disque dur. J'ai
le sentiment que l'ordinateur va plutôt bien. Mes élèves, mes collègues,
remarquent aussi que ça va plutôt bien : démarrage en une minute,
fluidité des applications, accès au réseau, etc.

##Les bibliothèques logicielles pour GnuLinux##

Les bibliothèques logicielles (on *libraries* en anglais), sont des
programmes réutilisables, et réutilisés par toutes les application.
Par exemple, pour organiser une application en *fenêtres*, j'utilise
souvent une bibliothèque de la variété *Qt5*. Vérification faite, les
bibliothèques de mon ordinateur de bureau utilisent 5,5 giga-octets 
d'espace disque ; celles qui sont présentes sur ma clé USB *magique*
représentent 5 giga-octets (mais je les comprime).

Cette taille (5 giga-octets), est considérée comme très petite, pour
un système informatique moderne, destiné au grand public, riche de
centaines d'applications. Le secret, c'est juste : *pas de redondance*.
Si une bibliothèque **B** est utilisée par deux applications **A1** et **A2**,
cette bibliothèque sera présente une et une seule fois sur le disque.
Par exemple, je prends deux applications, Gimp (retouche d'images) et
Evince (lecture de fichiers PDF). Je mesure l'espace disque nécessaire
pour les ajouter à un système *minimal* :

  +--------------------------------+------------------+
  | Application à installer        | espace disque    |
  +================================+==================+
  | Installation de Gimp seul      | 342 méga-octets  |
  +--------------------------------+------------------+
  | Installation d'Evince seul     | 257 méga-octets  |
  +--------------------------------+------------------+
  | Installation d'Evince et Gimp  | 479 méga-octets  |
  +--------------------------------+------------------+


La distribution *Debian* vient aujourd'hui avec plus de 
**soixante mille paquets** différents, cohérents entre eux, dans la
distribution stable actuelle, *stretch*. Si un pour cent de ces paquets
sont des applications pour l'utilisateur final, ça fait quelques
**600 applications** disponibles, sans sortir du cercle de confiance
de la distribution Debian.

#Chapitres à développer#

Dans la suite, on parlera plus abondamment de la distribution Debian,
qui est actuellement la plus diverse, et celle qui supporte le plus
grand nombre de distributions dérivée, dont Ubuntu.

## La confiance : sur quoi la faire reposer ?##
### Pourquoi, comment j'ai confiance dans mon moyen de paiement aujourd'hui ?###
### Pourquoi, comment aurais-je confiance dans un système informatique ?###
## La certification des paquets Debian ##
## Le système de suivi des bogues dans Debian ##
## Le système d'assurance-qualité de Debian ##
## « Debian Stable », jusqu'à quel point ?##
## Nous somme contre tout monopole : pourquoi Debian alors ?##
### Le fantasme de « vous, la compagnie du logiciel libre » ###
### Les logiciels libres sont-ils solubles dans le Ministère de l'Éducation ?###

