#Système d'information, dans mon école : qui est le maître ?#

Je m'excuse par avance de certains propos choquants qui peuvent éventuellement
froisser des pédagogues utilisant des technologies récentes de communication.

Veuillez aussi m'excuser de ne pas utiliser des acronymes tels que
NTIC, pour Nouvelles Technologies ... ; c'est une manie de dire Nouvelles des
techniques qui ont perfusé notre société depuis dix ans. Je dirai plutôt
« techniques récentes ».

Je crois fermement que nous devons faire quelque chose, sans trop
attendre. Aujourd'hui, nous laissons les technologies informatiques contrôler
« le système nerveux de notre société », comme je l'entendais dire en
1998 par Bernard LANG, chercheur à l'INRIA, durant un exposé à Dunkerque.

Sa métaphore est très intéressante : ainsi, le développeur d'un logiciel,
ou plus exactement, la communauté de développeurs d'une compagnie ou d'une
organisation qui produit du logiciel, est comparée à un *neurochirurgien*.

Moi, si je devais confier mon système à un neurochirurgien, je crois que
j'aimerais avoir un entretien avec, avant de me laisser opérer, histoire
de savoir si elle ou il a un peu d'éthique. Mais bien sûr, 
*ça ne m'arrivera jamais*. Cependant, là où j'enseigne, le 
« système nerveux » de mon établissement est de plus en plus contrôlé
par des logiciels ; personne ne le dit, mais il suffit d'une petite panne du
réseau et ça devient évident.

##Les ordinateurs dans nos enseignements : une place déraisonnable, déjà##

J'ai quelque responsabilité, dans le lycée Jean Bart où j'enseigne à
Dunkerque, pour ce qui est du fonctionnement de l'informatique pédagogique.
Cette responsabilité va un peu en diminuant, car je souhaite la transférer
au mieux à mes collègues.

Au jour le jour, j'ai des conversations quelquefois
amusantes, quelquefois effrayantes, avec mes collègues. Le thème est souvent,
« le machin ne fonctionne toujours pas », « toute ma préparation était
fichue, l'ordinateur a mis des plombes à démarrer » ...

Je vous rassure : pour ce que j'en sais, le lycée Jean Bart n'est pas
réputé comme un trou noir de l'informatique pédagogique, les enseignants ont
dans l'ensemble intégré les nombreux outils disponibles à leurs pratiques,
et le tableau de réservation des salles informatiques spécialisées
montre que les élèves utilisent régulièrement et à bon escient les équipements
que notre Région a financés.

Prenons maintenant un peu de recul : mettons que j'aie une pratique
régulière de quelque chose, que cela me convienne au jour le jour : ça
s'appelle une habitude, ou une routine. Mettons que j'en parle à mes
collègues souvent : ça veut dire que cette pratique a une dimension sociale
intéressante, peut-être même une valeur pédagogique. Mettons alors, que
lorsque **j'en parle le plus** à mes collègues, c'est **pour râler**, contre
tous les obstacles qui se mettent en travers de ma pratique ... Je
me mets à **craindre le manque** ... est-ce que ça ne signe pas une forme
d'**addiction** ?

##Quand utiliser les technologies récentes ?##

À l'école, c'est officiel, on apprend à lire, écrire, compter.
Dans les faits, je constate que l'on y apprend aussi à parler, ou du
moins à varier sa façon de parler, et à se comporter. On peut aussi apprendre
de l'histoire, des sciences, de la musique, etc.

La preuve est faite qu'avec du papier et des crayons, on sait arriver
à tout cela. Où est publiée l'étude qui prouvera définitivement que
les technologies récentes permettent de faire mieux ? Je sais, c'est
provocateur. Mais j'ai beau chercher, je ne trouve rien qui
satisfasse à mes exigences scientifiques. Personne ne pratique, en la
matière, d'étude en double aveugle, contre placebo.

Donc, au rebours de toute étude que j'aie pu trouver ici et là, je
me contenterai d'énumérer quelques stupidités, qui ont le mérite d'être
robustes :

  * ça me revient moins cher (et au service public aussi), de présenter
    à mes élèves des documents en couleur en utilisant un vidéo-projecteur,
	qu'en achetant des illustrations imprimées par un éditeur ; on peut en
	dire autant d'enregistrement sonores ou vidéo distribués sous
	licences libres ;
  * certains concepts que j'enseigne, sont très faciles à expliquer
    quand on peut montrer une courte animation ;
  * bien utilisé, un ordinateur sait répéter une même question, en
    variant la forme, et analyser une réponse de l'élève, jusqu'à
	satisfaction ; la machine ne se fâche pas ;
  * je connais de moins en moins d'élèves qui utiliseront spontanément
    une encyclopédie imprimée, quand on leur propose un accès à
	Wikipedia, en concurrence. Moi-même, quand j'ai tenté de préparer un
	exemple de cours sur le "TEP scan", j'ai trouvé sur
	*Encyclopedia Universalis*  l'article brillantissime de
	Jean-Gaël BARBARA, avec
	une dizaine de lignes très denses sur cette technique ; 
	avec un peu de pratique, Wikipedia me
	fournit des informations beaucoup plus détaillées, issues d'auteurs
	plus nombreux, et une information plus pointue, rédigée de façon
	digeste pour mes élèves.

Alors, quand utiliser les technologies récentes ? Eh bien, comme il
n'est pas prouvé qu'elles sont plus bénéfiques que le crayon-papier,
uniquement dans les cas où elles dépassent de loin ce que peut écrire
un crayon. Autrement dit, un peu, ici et là.

Dans le même temps, ces techniques récentes ont perfusé toute notre
société, bien au-delà des établissements scolaires. Comme le faisait
(presque) dire Sergio Leone à Clint Eastwood dans « Le bon, la brute et
le truand » ...

>  Le monde se divise en deux catégories : ceux qui codent, et ceux
>  qui cliquent. Toi, tu cliques.

![source: http://i-cms.linternaute.com/image_cms/original/623891-le-bon-la-brute-et-le-truand.jpg](623891-le-bon-la-brute-et-le-truand.jpg)

C'est à l'école qu'il revient de lutter contre cette extension de
l'innumérisme, qui touche déjà nos sociétés. Apprenons à nos élèves
à coder.

##Les ordinateurs sont addictifs, alors, qui est mon maître ?##

Je pratique les systèmes basés sur Linux, ou plutôt GnuLinux, depuis
une vingtaine d'années maintenant. J'y trouve tous les outils pour
travailler, et bien plus.

J'ai été surpris souvent, par les réactions de mes collègues, quand j'ai
configuré des ordinateurs pour fonctionner avec GnuLinux. Alors que je
les vois passer avec brio d'un système Android à un système Windows, ils
m'expriment, en majorité, de la réticence face aux machines qui ont
utilisé GnuLinux. Dans le même temps, je fais utiliser ce même système à
mes élèves, depuis une quinzaine d'années. Au début, ils trouvaient
que le Windows était un peu bizarre, durant le premier quart d'heure ;
en 2018, de plus en plus, certains reconnaissent une variété de GnuLinux,
et sont contents de l'utiliser.

Mais au fait, pourquoi mes collègues en majorité rejettent-ils ce que
mes élèves acceptent plus facilement ? Je dois être naïf, en ignorant
la relation hiérarchique qu'il y a entre un prof et ses étudiants ?

Ou alors, est-ce que c'est comme je le suggérais auparavant, une
addiction ? Il y a quelques indices, certains même 
assez convaincants : alors que sur la majorité des ordinateurs du
lycée Jean Bart, LibreOffice est installé pour toute bureautique, afin de
ne pas forcer les achats des familles, et de respecter un standard ISO,
mes collègues sont attentifs à ce que la suite Microsoft Office soit
installée dans la salle des professeurs. Il est vrai que la société
Microsoft n'a jamais publié de suite bureautique fonctionnant pour
GnuLinux.

En fait, on parle rarement d'addiction quand il n'y a pas beaucoup
d'effet secondaire (connaissez-vous beaucoup de personnes suivies
médicalement pour se désintoxiquer du chocolat ?). Parlons des effets
secondaires : « le machin ne fonctionne toujours pas », « toute ma 
préparation était fichue, l'ordinateur a mis des plombes à démarrer » ...

Vous avez compris : je suis un fieffé tricheur ! 
J'écris, je dis que nous sommes drogués aux technologies
récentes, et il ne vous a pas échappé que je suis justement en train
d'utiliser un ordinateur devant vous. Alors, comme je suis moi-même
*addict*, qui est mon maître ? 
*(et quelle est sa capitalisation, selon boursorama.com)*

  * si j'utilise GnuLinux, je l'ignore : personne ne gouverne directement
    ce système, c'est un *bien commun*, qui émane du travail
	cumulé de milliers de développeurs, régi par les exigences
	draconiennes de la licence libre GNU GPL (un copyleft, ou un
	copyright habilement retourné) ;
  * si j'utilise Windows 10, mon maître est Microsoft (capitalisation
    valorisée à 755 milliards de dollars -- vendredi 19 janvier 2018, 19:30)
  * si j'utilise un Mac, mon maître est Apple (capitalisation
    valorisée à 167 milliards de dollars -- vendredi 19 janvier 2018, 19:32)
  * si j'utilise un Android, ...

#Pourquoi GnuLinux est exceptionnel ?#

À partir de maintenant, j'avoue ma partialité (mais vous l'aviez devinée) :
je parlerai surtout
de GnuLinux, et de logiciels libres. Comme je fais partie de la
communauté Debian, en tant que développeur (je maintiens quelques
soixante paquets), je parlerai à travers ce prisme. Donc vous êtes
censés considérer que mes dires sont fortement biaisés par cette
appartenance.

##Une distribution GnuLinux c'est un système cohérent##

Quand je m'entretiens avec des collègues, quand ils me demandent une
aide pour un ordinateur qui déraille, je constate le plus
souvent qu'ils utilisent un système peu cohérent. Ils y ont installé des
dizaines d'applications issues de fournisseurs différents, qui viennent
chacune avec un ensemble de bibliothèques logicielles, dont chacun
« réinvente des roues », à sa façon, en toute redondance. Qui a envie de
faire une sauvegarde régulière de son ordinateur, quand la copie de
son disque peut durer plusieurs heures ?

Tout problème a sa solution, paraît-il : la solution aux logiciels obèses,
ce sont les grands disques rapides. En 2018, les vendeurs d'ordinateurs
recommandent d'acheter des espaces disques de 500 giga-octets, au moins.

En ce moment même, je fais cette communication, avec un ordinateur prêté,
dont je n'utilise pas le disque dur. 

> En ce moment, j'utilise zéro giga-octets de disque dur

Je suis venu avec ma clé
USB de 16 giga-octets, je l'ai branchée, et j'ai persuadé l'ordinateur
de démarrer avec la clé GnuLinux, plutôt qu'avec le disque dur. J'ai
le sentiment que l'ordinateur va plutôt bien. Mes élèves, mes collègues,
remarquent aussi que ça va plutôt bien : démarrage en une minute,
fluidité des applications, accès au réseau, etc.

##Les bibliothèques logicielles pour GnuLinux##

Les bibliothèques logicielles (on *libraries* en anglais), sont des
programmes réutilisables, et réutilisés par toutes les application.
Par exemple, pour organiser une application en *fenêtres*, j'utilise
souvent une bibliothèque de la variété *Qt5*. Vérification faite, les
bibliothèques de mon ordinateur de bureau utilisent 5,5 giga-octets 
d'espace disque ; celles qui sont présentes sur ma clé USB *magique*
représentent 5 giga-octets (mais je les comprime, donc elles
prennent moins de place que ça).

Cette taille (5 giga-octets), est considérée comme très petite, pour
un système informatique moderne, destiné au grand public, riche de
centaines d'applications. Le secret, c'est juste : *pas de redondance*.

Si une bibliothèque **B** est utilisée par deux applications **A1** et **A2**,
cette bibliothèque sera présente une et une seule fois sur le disque.

Par exemple, je prends deux applications, *Gimp* (retouche d'images) et
*Evince* (lecture de fichiers PDF). Je mesure l'espace disque nécessaire
pour les ajouter à un système *minimal* :

+------------------------------------+-----------------------------+
|     Application(s) à installer     |  espace disque (méga-octets)|
|                                    |                             |
+====================================+=============================+
|    Installation de *Gimp* seul     |                          342|
|                                    |                             |
+------------------------------------+-----------------------------+
|    Installation d'*Evince* seul    |                          257|
|                                    |                             |
+------------------------------------+-----------------------------+
|   Installation d'*Evince* **et**   |                          479|
|               *Gimp*               |                             |
+------------------------------------+-----------------------------+

Que remarquons-nous ? normalement, deux plus deux égale quatre, mais
pas ici ; en fait, les bibliothèques communes aux deux applications sont
installées une seule fois, d'où une économie. Cette économie est d'autant
plus importante que j'installe des applications plus nombreuses.

## Cohérence de la distribution Debian ##

Ce qu'on appelle un *distribution* GnuLinux, c'est un ensemble *cohérent*
de logiciels, que l'utilisateur peut combiner à son gré, en gardant une
machine stable. Sans risque, l'utilisateur peut ajouter ou retrancher
des applications, un système fiable se chargeant de tenir à jour toutes
les dépendances nécessaires. De plus, le système de gestion des logiciels
facilite les mises à jour, pour la sécurité, pour les améliorations.

La grande force des distributions GnuLinux est qu'on y trouve une grande
quantités d'applications pour l'utilisateur final, recompilées pour
s'ajuster parfaitement aux ressources communes (les bibliothèques, les
particularités du système de bureau, les particularités de la gestion
de la distribution).

La distribution *Debian* vient aujourd'hui avec plus de 
**soixante mille paquets** différents, cohérents entre eux, dans la
distribution stable actuelle, *stretch*. Si un pour cent de ces paquets
étaient des applications pour l'utilisateur final, ça ferait quelques
**600 applications** disponibles. Les bibliothèques utilisées par plus
d'une application ne sont pas dupliquées.

#Le risque de monopole, la corruption des services public#

Si un État décidait que tous les marchés publics doivent aller
à une marque telle que *Mercedes-Benz*, pour l'automobile, on crierait
aussitôt à la corruption, à l'abus de biens sociaux. Aucun dirigeant
public ne doit favoriser une compagnie en particulier.

Si un État décidait que tous les marchés publics en matière
de micro-informatique doivent aller à une marque telle que Microsoft,
on crierait aussitôt à la corruption... Mais est-ce le cas ?

## Nous somme contre tout monopole : pourquoi Debian alors ?##

Je suis ici même en train de plaider pour que l'on quitte définitivement un
**monopole** : au lieu de donner tous les enseignants, tous les élèves
au « maître » Microsoft, je plaide pour qu'on choisisse systématiquement
Debian. Et je me prétends, dans le fond, anti-monopoliste ... 
**cherchez l'erreur** ?


## Le fantasme de « Vous, la compagnie du logiciel libre » ##

Il m'est arrivé souvent de discuter avec des personnes, intriguées par mon
usage des logiciels libres, mes saillies contre les acteurs monopolistes
de la micro-informatique. Et dans la discussion surgit souvent cette
idée : « pourquoi veux-tu instaurer Linux » : confusément, Linux est
assimilé à une compagnie, comme les compagnies Apple, Microsoft.

Cette idée est un fantasme. La nature de la licence libre GNU GPL
interdit la formation d'une structure qui monopolise les
logiciels. Toute personne qui reçoit un logiciel sous licence GPL
peut s'en saisir et concurrencer à son tour l'auteur du précédent.

Il existe des sociétés commerciales qui gagnent leur vie à l'aide de
logiciels libres. Leur modèle économique ne peut en aucun cas être basé
sur la restriction de l'accès au logiciel. Le plus souvent, ces sociétés
vivent par les services qu'elles vendent ou qu'elles louent.

##Les logiciels libres sont-ils solubles dans les service publics ?##

Supposons qu'un directeur de service fasse un appel d'offre, comme,
en simplifiant beaucoup : « qui peut me proposer mille exemplaires du
logiciel Word au meilleur prix ? ».

À coup sûr, ce directeur de service est passible des foudres de la loi, car
un tel appel d'offre reviendrait à écrire, dans un registre différent,
« qui peut me proposer mille *Peugeot Partner* au meilleur prix ? ». Nul doute
qu'il serait aussitôt attaqué par les avocats des compagnies concurrentes.


Supposons qu'un directeur de service fasse un appel d'offre, comme,
en simplifiant beaucoup : « qui peut me proposer mille exemplaires du
logiciel LibreOffice au meilleur prix ? ».

Eh bien pour commencer, cet appel d'offre simplifié prêterait à sourire :
c'est de notoriété publique, tout un chacun sait télécharger à coût
marginal presque nul, le logiciel LibreOffice. 

Mais allons quand même un peu plus loin : s'il faut mille de ces
logiciels, il faudra bien sûr du temps et de l'énergie pour les
installer sur autant de machines, pour les maintenir ensuite,
éventuellement pour aménager la base des documents gérés par les
services afin d'optimiser leur interopérabilité. Si ce service
apparaît dans le texte de l'appel d'offre, c'est moins risible.

Mais avant tout, est-ce qu'un tel appel d'offre est *légal* ? D'aucuns
versent dans le fantasme « favoritisme pour Linux ». Rappelons-le
encore une fois : il n'y a pas de compagnie possédant Linux, c'est un
bien commun ; la licence GNU GPL protège Linux contre la *piraterie*
d'une soi-disant *propriété intellectuelle*. En fait *toutes les
compagnies* sans exception sont en mesure de répondre à cet appel
d'offre ; la seule différence entre les concurrents, c'est l'expertise
pour réaliser le *service* demandé.

##Conclusion : exiger un logiciel libre, c'est légal##

Quand un service public publie un appel d'offre en spécifiant
« le logiciel doit être libre » (il faut utiliser des termes juste un
peu plus précis juridiquement), l'appel d'offre ne contient aucun
favoritisme. Microsoft est une entreprise tout à fait capable de
développer une expertise pointue de LibreOffice. 
J'en veux pour preuve que la norme qui définit le format ISO ODF
([norme ISO/CEI 26300](https://fr.wikipedia.org/wiki/ISO/CEI_26300)[^normeISO]),
sur lequel repose LibreOffice, tient dans un document de
728 pages seulement. 

En comparaison, la norme ISO qui définit le format ISO OOXML
([norme ISO/CEI 29500](https://fr.wikipedia.org/wiki/Office_Open_XML)[^normeISO]),
sur lequel repose Microsoft Office, tient dans un document de 6763 pages.

[^normeISO]: [http://standards.iso.org](http://standards.iso.org/ittf/PubliclyAvailableStandards/index.html)

Donc, imposer la liberté des logiciels utilisés dans un service public,
c'est légal et ça ne lèse personne.

#Peut-on faire confiance à un logiciel que tout le monde peut altérer ?#

La licence GNU GPL fait obligation de fournir le code d'une application
à toute personne qui aurait reçu un exemplaire de l'application, et qui
en fait la demande.

Si cette personne a un peu de connaissances techniques, elle peut
reprendre le code, le modifier, le recompiler, et le diffuser dans le
mode entier sans rien devoir à personne.

Comment savoir alors, si on télécharge une application, que celle-ci
fait bien ce qui est annoncé, au lieu de nous espionner, ou d'abîmer notre
ordinateur ainsi que ses voisins, ou encore de chercher à nous extorquer de
l'argent ? Pour un *hacker*, avec ou sans éthique, c'est enfantin d'ajouter
des instructions au code d'une application.

##Peut-on faire confiance au logiciel qu'on achète ?##

Quand on achète un logiciel de marque, on estime qu'il bénéficie d'une
certaine protection. Voici la clause qu'on peut trouver, classiquement
dans les produits de bureautique de la firme Microsoft :

> 20.
> LIMITATION ET EXCLUSION DE RESPONSABILITÉ EN CAS DE DOMMAGES. VOUS
> POUVEZ OBTENIR DE MICROSOFT ET DE SES FOURNISSEURS UNE INDEMNISATION EN
> CAS DE DOMMAGES DIRECTS UNIQUEMENT DANS LA LIMITE DU MONTANT QUE VOUS
> AVEZ PAYÉ POUR LE LOGICIEL. VOUS NE POUVEZ PRÉTENDRE À AUCUNE
> INDEMNISATION POUR LES AUTRES DOMMAGES, Y COMPRIS LES DOMMAGES SPÉCIAUX,
> INDIRECTS, INCIDENTS OU ACCESSOIRES ET LES PERTES DE BÉNÉFICES.
>
> ...

##Peut-on faire confiance aux logiciels libres ?##

Beaucoup de logiciels libres viennent sous la licence GNU GPL ; voici
la clause qu'on peut trouver, classiquement pour le licence GNU GPL
version 2 :

> ABSENCE DE GARANTIE
>
> 1.
> COMME LA LICENCE DU PROGRAMME EST CONCÉDÉE À
> TITRE GRATUIT, IL N'Y AUCUNE GARANTIE S'APPLIQUANT AU PROGRAMME, DANS
> LA MESURE AUTORISÉE PAR LA LOI EN VIGUEUR. SAUF MENTION CONTRAIRE
> ÉCRITE, LES DÉTENTEURS DU DROIT D'AUTEUR ET/OU LES AUTRES PARTIES
> METTENT LE PROGRAMME À DISPOSITON "EN L'ÉTAT", SANS AUCUNE GARANTIE DE
> QUELQUE NATURE QUE CE SOIT, EXPRESSE OU IMPLICITE, Y COMPRIS, MAIS
> SANS LIMITATION, LES GARANTIES IMPLICITES DE COMMERCIALISATION ET DE
> L'APTITUDE À UN OBJET PARTICULIER. C'EST LE CONCESSIONNAIRE QUI PREND
> LA TOTALITÉ DU RISQUE QUANT À LA QUALITÉ ET AUX PERFORMANCES DU
> PROGRAMME. SI LE PROGRAMME SE RÉVÉLAIT DÉFECTUEUX, C'EST LE
> CONCESSIONNAIRE QUI PRENDRAIT A SA CHARGE LE COÛT DE L'ENSEMBLE DES
> OPÉRATIONS NÉCESSAIRES D'ENTRETIEN, RÉPARATION OU CORRECTION.
>
> ...

## La confiance : sur quoi la faire reposer ?##

La seule *vraie* façon d'avoir confiance dans une application, ce serait :

  1. de posséder le code de l'application et de le comprendre complètement ;
  2. de compiler ce code à l'aide d'un compilateur sûr (dont on possède
     le code et qu'on comprend complètement ... voyez-vous l'œuf et la
	 poule ?)
  3. d'utiliser ce code exclusivement.
  
Qui a le temps de faire toutes ces vérifications ? Une personne seule ne
le peut pas. Une compagnie, ou une organisation de grande taille le peut.
La clé, c'est déjà la confiance entre les développeurs de l'organisation,
puis la confiance entre l'utilisateur et l'organisation, prise dans son
ensemble.

### Pourquoi, comment j'ai confiance dans mon moyen de paiement aujourd'hui ?###

Quand on y réfléchit, on voit que des millions de personnes ont confiance
dans les banques, dans les notaires, dans la justice. Or les banques, de
même que les notaires et les acteurs de la justice utilisent des logiciels ;
il faut bien pouvoir fonder cette confiance.

Pourquoi puis-je avoir confiance quand j'utilise une carte de paiement
électronique, est-ce que je risque d'être volé dès que j'utilise cette carte
pour un achat ou un retrait d'argent ?

Une des clés de cette confiance, c'est le code PIN que je suis censé
entrer au clavier à chaque transaction : à cette occasion, la carte est
authentifiée, et je suis moi-même authentifié, si je n'ai pas laissé
fuiter ce code PIN. Si l'automate se contacte au réseau de la banque, la
vérification peut aller très loin, sur la base de signatures cryptographiques
fortes. La carte est authentifiée, mais aussi la banque, et éventuellement
le niveau de crédit de mon compte est vérifié.

### Pourquoi, comment aurais-je confiance dans un système informatique ?###

Je ne peux avoir confiance dans un système informatique que si chacun 
de ses composants est authentifiable et authentifié, avec au moins autant de
soin que ma carte de paiement lors d'une transaction.

Clairement, cette confiance est ruinée dès que quelqu'un, avec mon
autorisation, télécharge une application et en lance l'exécution. Il
suffit d'un seul téléchargement, de l'installation d'une seule
application sans authentification forte ou sans vérification de la chaîne
de confiance pour que mon système informatique échappe à mon contrôle.

## La certification des paquets Debian ##

Les membres de l'organisation Debian ont mis en place un système de
certification mutuelle, qui leur permet de partager une confiance importante
entre eux. Techniquement, les méthodes de signature crypto forte, que les
banquiers utilisent pour les cartes de paiement, sont utilisées.

Quand je reçois un courriel signé d'un membre de l'organisation Debian, je
sais dire s'il vient oui ou non de la personne qui signe, et si oui ou
non ce message a été altéré de quelques façon que ce soit.

Quand je remonte un des paquets logiciels dont je m'occupe, dans l'archive
Debian, je signe les composants de ce paquet, afin de lui attribuer de la
confiance.

Quand un utilisateur installe un paquet Debian, le système est en mesure
de vérifier la totalité de la chaîne de confiance qui y est attachée.
Si la moindre altération est détectée, elle est signalée et le système refuse
par défaut l'installation.

## Le système de suivi des bogues dans Debian ##

Peu de personnes savent qu'il sont en mesure de signaler les bogues d'une
application Debian. Beaucoup estiment que si c'est gratuit, c'est jetable ;
si ça ne marche pas, eh bien on utilisera autre chose et on passe son chemin.

Pourtant une des applications, `reportbug`, facilite la remontée de rapports
de bogues : ceux-ci sont transmis aux responsables des paquets, qui se
chargent d'y répondre.

À chaque nouvelle édition d'une distribution Debian Stable, le nombre de
bogues de niveau « critique » est amené à zéro (quitte à supprimer certains
paquets délaissés par les développeurs).

## Le système d'assurance-qualité de Debian ##

Chaque développeur Debian dispose d'outils pour le suivi de ses paquets ;
l'ensemble de ces tableaux de bord porte le nom de système d'assurance-qualité
Debian.

  * Voici un lien vers [les paquets maintenus par georgesk@debian.org](https://qa.debian.org/developer.php?login=georgesk@debian.org)
  * Voici un lien vers [la page du paquet LibreOffice](https://qa.debian.org/developer.php?package=libreoffice)
  
Les pages du système https://qa.debian.org/ donnent accès à une page synthétique
qui concerne chaque paquet (le lien `PTS`), la liste des bogues connues pour
le paquet, les numéros des versions attachées aux distributions `stable`,
`testing`, `unstable`, `experimental`, ainsi que le numéro de version
récupéré par le distribution-sœur Ubuntu, un rapport de la compilation du
logiciel pour les 23 architectures d'ordinateurs actuellement supportées,
et de nombreuses autres informations utiles.

## « Debian Stable », jusqu'à quel point ?##

La réputation de Debian `stable`, c'est qu'on l'installe, qu'on assure
une veille pour les mises à jour de sécurité, et que ça marche. Pour un
ordinateur unique, une heure de travail d'administration en deux ans.

Bien sûr, on ne bénéficie pas des évolutions les plus récentes des paquets
logiciels, mais la veille sécuritaire est sérieuse, et ce qui marche un jour,
ça marche jusqu'à la prochaine version stable.

L'organisation Debian ne se donne pas d'objectif de *date de bouclage* pour
publier la nouvelle version stable. Quand le compte de bugs critiques est
nul, et le compte des autres bugs au plus bas, c'est le moment.

+------+--------+----------+---------+--------------+
|Numéro| Nom de |   Date   |Nombre de|Architectures |
|      |   la   |          |  paquets|supportées    |
|      |version |          |         |              |
+======+========+==========+=========+==============+
| 1.1  |  Buzz  |1996/06/17|      474|1             |
+------+--------+----------+---------+--------------+
| 1.2  |  Rex   |1996/12/12|      858|1             |
+------+--------+----------+---------+--------------+
| 1.3  |   Bo   |1997/06/05|      974|1             |
+------+--------+----------+---------+--------------+
| 2.0  |  Hamm  |1998/07/24|     1500|2             |
+------+--------+----------+---------+--------------+
| 2.1  | Slink  |1999/03/09|     2250|4             |
+------+--------+----------+---------+--------------+
| 2.2  | Potato |2000/08/14|     2600|6             |
+------+--------+----------+---------+--------------+
| 3.0  | Woody  |2002/07/19|     8500|11            |
+------+--------+----------+---------+--------------+
| 3.1  | Sarge  |2005/06/06|    15400|11            |
+------+--------+----------+---------+--------------+
| 4.0  |  Etch  |2007/04/08|    18000|12            |
+------+--------+----------+---------+--------------+
| 5.0  | Lenny  |2009/02/14|    23000|13 (+2)       |
+------+--------+----------+---------+--------------+
| 6.0  |Squeeze |2011/02/06|    29000|14 (+2)       |
+------+--------+----------+---------+--------------+
|  7   | Wheezy |2013/05/04|    36000|16 (+2)       |
+------+--------+----------+---------+--------------+
|  8   | Jessie |2015/04/25|    43000|13 (+7)       |
+------+--------+----------+---------+--------------+
|  9   |Stretch |2017/06/17|    51000|16 (+7)       |
+------+--------+----------+---------+--------------+
|      | Buster |    ?     |  plus de|              |
|      |        |          |    60000|              |
+------+--------+----------+---------+--------------+

# Quelques mots de conclusion #

  * vous voulez un système qui fonctionne sur tous les ordinateurs ?
  * vous ne voulez plus jeter les machines vielles de cinq ans ?
  * vous voulez une logithèque riche ?
  * vous voulez conserver le contrôle de vos données ?
  * vous ne voulez pas dépendre d'une entreprise gouvernée à des milliers de kilomètres ?
  * vous ne voulez plus des obésiciels ?
  * vous ne voulez plus des virus ?
  * vous ne voulez plus des anti-virus ?

Debian permet tout cela. Vous habitez dans une région du monde où les
développeurs Debian sont nombreux et actifs, et l'expertise sur cette
distribution déjà bien ancrée.
